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Au maître, au confrère, à l'ami : florilège d'envois à Paul Bourget

Jules Barbey d’Aurevilly (1808-1889)

« Le Connétable des lettres », théoricien et praticien du dandysme, le romancier normand « surnaturaliste » et ultramontain, revenu au catholicisme dès 1846, auteur des Diaboliques en 1874, connut une gloire littéraire tardive. Mais elle lui valut l’admiration des jeunes écrivains comme Huysmans, Mirbeau, Bloy et Bourget, qui se reconnurent comme ses héritiers, non sans une certaine rivalité entre eux. Bourget fut le plus assidu de ses disciples. Rencontré en 1872, il noua avec lui une amitié durable à partir de 1876. Son style lui procura inlassablement « une joie profonde », comme il l’écrivit à la maîtresse de Barbey (Lettre de Paul Bourget à Louise Read, septembre 1883). Bourget croqua, dans ses écrits, sa tenue excentrique et stylée et loua ses qualités romanesques, en 1912, dans ses Pages de critique et de doctrine. Barbey avait consacré un compte rendu élogieux de La Vie inquiète dans Le Constitutionnel, le 30 juin 1875. Bourget, lui aussi poète et diariste, établit la préface du journal de Barbey, Memoranda, 1863-1864, qui fut publié en 1883, puis celle d’Amaïdée : poème en prose, paru à titre posthume en 1890 chez Alphonse Lemerre, leur éditeur commun. De son côté, en 1882, Barbey lui avait dédié son Histoire sans nom, roman mêlant psychiatrie et fantastique, sources d’inspiration pour Bourget. Ces deux lecteurs et « passeurs » de Baudelaire multiplièrent les références croisées. Des rencontres fréquentes les réunirent au domicile de Barbey et dans les dîners mondains et littéraires, notamment chez la baronne de Poilly, comme en témoignent les notes du journal de Bourget du 31 février 1879 au 11 décembre 1883 (Ms français 664/1). Bourget fit même de Barbey, en 1891, un personnage secondaire dans sa Physiologie de l’amour moderne. Dans son cabinet de travail, il composa face à un portrait de Barbey. Et c’est Camille Bourget, demi-frère de Paul, qui réalisa, à la demande de ce dernier, le portrait de Barbey sur son lit de mort, selon Le Figaro du 24 avril 1889. En pleine publication du Disciple, Bourget prit le temps de livrer, à ce même journal, le 4 mai 1889, ses Souvenirs sur le maître. Fidèle parmi tous, Paul Bourget présida, le 14 octobre 1923, la manifestation pour le dévoilement de la plaque souvenir sur la façade du 25, rue Rousselet, dernière demeure de Barbey à Paris.

Pour en savoir plus :
BEAULIEU de, Jean, « Bourget et Barbey d’Aurevilly », Mercure de France, 1er mars 1936, p. 402-405.




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