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Au maître, au confrère, à l'ami : florilège d'envois à Paul Bourget

Émile Zola (1840-1902)

Zola et Bourget furent des romanciers à succès à leur époque, mais dans des genres différents. Les combats politiques de l’Affaire Dreyfus séparèrent le maître du roman naturaliste de son cadet, l’auteur de romans psychologiques et mondains, puis de romans à thèse ou plutôt « à idées », selon son expression. Leurs esthétiques romanesques s’opposent dans leurs peintures de milieux sociaux aux extrémités de l’échelle sociale. Rome, en 1895, serait ainsi une réponse au Cosmopolis de 1893 de Bourget. Cependant, Bourget fut un admirateur constant de Zola. Même si, dans les premiers temps, sa fougue de jeune critique lui fit trouver le style de Zola « trop sensuel », et le vit s’insurger dans La Revue des Deux Mondes du 15 juillet 1873 en opposant « Le roman réaliste et le roman piétiste », ses derniers articles dans L’Écho de Paris furent élogieux, particulièrement lors du transfert des cendres de Zola au Panthéon en 1908. Disciple aussi de Taine, Zola apprécia les comptes-rendus pertinents et laudatifs de Bourget, notamment dans Le Parlement du 28 février 1881 et l’invita aux Dîners du Bœuf Nature qu’il présidait. Comme en témoignent les nombreux envois à l’académicien, l’auteur de L’Assommoir salua toujours en Bourget un confrère estimé, auteur, comme lui, de romans analytiques, et qui avait souhaité, le 13 juin 1893, retirer sa candidature à la Coupole au profit de son aîné. Bourget, une fois élu, vota alors, sans succès, pour lui faire obtenir un fauteuil parmi les Immortels. Les deux écrivains défendirent aussi une cause commune pour le droit d’auteur face aux éditeurs, dans le procès intenté à Alphonse Lemerre que Bourget accusait de l’avoir floué. En 1896, Zola, alors Président du Comité de la Société des Gens de Lettres appuya la démarche d’un Bourget isolé, mais qui gagna son procès. Le 7 décembre 1897, les deux écrivains renouèrent complétement à l’occasion d’un article, encore une fois enthousiaste de Bourget, précédant la parution de Paris en feuilleton. Ils se retrouvèrent lors de l’éphémère Dîner Balzac avec sept écrivains proches d’eux, dont Barrès, Anatole France et les Daudet père et fils. Mais les engagements politiques clivants de l’Affaire Dreyfus finirent par faire voler en éclats, et au grand jour, cette amitié littéraire complexe.

Pour en savoir plus :
VOISIN-FOUGÈRE, Marie-Ange, « Émile Zola et Paul Bourget : Une amitié littéraire » dans LAVILLE, Béatrice (dir.), Champ littéraire, fin de siècle autour de Zola, Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux, 2004, p. 177-191.




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